Incredible Edible France : utopie ou innovation durable ?

Publié le 2 août 2017 – Auteur : Coline Mionnet

Incredible Edible France : utopie ou innovation durable ?

Une agriculture urbaine et solidaire 3.0

A la fin du 19ème siècle sont apparus les premiers jardins ouvriers, suite à l’exode massif des enfants de paysans vers l’industrie et les lumières de la ville. Ce système perdure toujours, et s’est même développé très largement dans toutes les grandes métropoles ou la possession d’un terrain est souvent inabordable pour la plupart des habitants modestes.

Puis, dans les années 70, la vague hippy a suscité l’apparition d’une forme élargie et collective, les jardins communautaires.
C’est un peu par hasard qu’est née en Grande Bretagne la 3ème génération de micro-agriculture urbaine, « incredible Edible », de la générosite et de l’altruisme de deux citoyenne de Todmorden qui ont décidé de laisser en « libre service » les fruits de leurs cultures.

Incrédible Edible : la genèse

Lorsque deux habitantes de Todmorden (West yorkshire, Angleterre) décident de cultiver des légumes sur le trottoir, devant leur habitation, elles ne se doutaient pas de l’effet papillon qu’elles allaient provoquer. Leurs bons soins leur permettent d’obtenir une belle récolte, et même d’en offrir aux passants, épatés par cette initiative. La pratique se répand alors dans toute la ville comme une traînée de poudre. Partout, des citoyens se mettent à cultiver des micro-potagers « open source » dans un enthousiasme partagé et désintéressé. L’effet sur la qualité de vie à Todmorden est immédiat, les gens se parlent, coopèrent, partagent idées, graines et récoltes. Le tiers des 17.000 habitants de la ville s’implique dans ce qui va devenir un mouvement mondial.

Pamela Warhurst, actrice du développement durable

Economiste de formation mais impliquée de longue date dans la sécurité alimentaire, l’environnement et le développement durable, Pam Warhurst fonde en 2007 le mouvement Incredible Edible à Todmorden avec Mary Clear et un collectif de personnes partageant les mêmes convictions.

Le mouvement devient rapidement un réseau qui fédére des groupes, d’abord au Royaume Uni, puis au Canada, en Nouvelle Zélande, aux Etats-Unis, en Australie et enfin en Europe de l’Ouest. Le réseau compte des groupes dans 25 pays sur les cinq continents.
L’organisation comporte trois pôles d’activités :

  • La plate-forme communautaire : travailler et produire ensemble.
  • La plate-forme Ă©ducative : former, de la salle de classe Ă  la cuisine en passant par le champ.
  • La plate-forme entreprises : Soutenir le commerce local et encourager la crĂ©ation d’activitĂ©s Ă©conomiques.

Bien que chaque groupe du réseau ait sa propre identité, les critères d’adhésion sont communs à tous.

Et en France ?

C’est en France que le réseau s’est le plus développé en Europe, hormis le Royaume Uni. Des groupes se sont déjà constitués dans plus de 500 communes dans tout le pays, et des collectivités commencent à s’intéresser au réseau, baptisé ici « les Incroyables Comestibles ». Ce mouvement participatif citoyen a pris la forme juridique d’une association à but non lucratif (loi de 1901).
L’idéal du mouvement est de « nourrir l’humanité de façon saine pour l’homme et pour la planète, localement, en suffisance, dans la joie et la dignité de chacun », en « reconnectant les gens entre eux et à la terre nourricière » ainsi qu’à « promouvoir l’agriculture urbaine participative en invitant les citoyens à planter partout où c’est possible et à mettre les récoltes en partage ».

Albi, la municipalité s’engage

Située à la lisière sud-ouest du Massif Central, entre Séguela et Montagne Noire, la ville d’Albi s’est lancée en 2014 dans la révolution de l’agriculture urbaine. En partenariat avec l’association Les Incroyables Comestibles », l’équipe municipale a pris des initiatives visant à assurer l’autosuffisance alimentaire de la ville en 2020. Tous les produits agricoles consommés à Albi devront être produits dans un rayon de 60 kilomètres et provenir de l’agriculture biologique.

La mairie d’en donne les moyens :

  • PrĂ©emption de dizaines d’hectares de friches proche du centre, qui seront louĂ©s Ă  bas prix aux maraĂ®chers qui pratiquent l’agriculture biologique.
  • Mise Ă  disposition des habitants de certains espaces verts pour semer des vĂ©gĂ©taux comestibles.
  • Actions auprès des acteurs de la grande distribution pour leur faire adopter des pratiques Ă©co-responsables, en particulier gĂ©nĂ©raliser les approvisionnements locaux.

Par ailleurs, Albi a été élue en 2016 « Meilleure ville pour la biodiversité 2016 » dans la catégorie 20.000 à 100.000 habitants. Cette distinction récompense plusieurs années d’efforts pour améliorer la qualité des milieux naturels de la ville, avec notamment des partenariats comme la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) où encore l’Office pour les Insectes et leur Environnement (OPIE).

 

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