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Publié le 1er décembre 2018 – Auteur : Daniel Mionnet
La transition écologique ne pourra se faire contre les peuples
Quand les citoyens s’insurgent contre une Ă©cologie punitive
E. Macron ne l’a pas vu venir, malgré son altitude jupitérienne. Pas plus que ses ministres, privés d’initiatives pour la plupart, ni son troupeau de députés de Panurge dont aucune tête ne dépasse. L’insurrection dite « des gilets jaunes », partie de quelques groupes de citoyens excédés sur les réseaux sociaux, s’est répandue comme une traînée de poudre, prenant de l’importance à chaque fois que le pouvoir les traitait avec mépris et suffisance. Lequel se retrouve aujourd’hui impuissant face à un mouvement sans structure verticale et soutenu par 85% de la population, incroyable unanimité qui démontre l’immense déception des Français.
Depuis quelques jours, le gouvernement esquisse de petits pas en arrière, tout en mimant une virile fermeté. Droit dans mes bottes, assure le premier ministre qui semble imprégné de la célèbre attitude de son mentor A. Juppé ; mais, comme celles de son prédécesseur, les bottes sont trouées et prennent l’eau. La réunion avortée à Matignon vendredi 30 en est la preuve la plus cinglante.

La transition sera écologique ET sociale ou ne sera pas.
Les français se rebellent massivement contre des mesures qui impactent directement leurs conditions de vie, et c’est d’autant plus insupportable que les taxes supplémentaires collectées ne sont pas intégralement affectées aux investissements durables. Pouvoir se rendre au travail, se chauffer, conduite ses enfants à l’école ou encore faire ses courses sont des besoins basiques dans notre société telle qu’elle s’est développée, sur un modèle consumériste et non durable dominé par le lobby pétrolier.
Mais aussi sur un modèle où le profit à court terme, la spéculation, l’évasion fiscale mènent toutes les décisions des « premiers de cordée » chers à E. Macron et où cupidité et avidité sont règles de conduite.
Ainsi, comme l’a dénoncé l’association OXFAM les banques financent massivement les énergies fossiles, tout en cherchant à verdir leur image, parfois de façon ridicule, dans leur communication. Lorsque la Banque Centrale Européenne met 10 milliards à disposition des banques, celles-ci financent pour 1.2 milliard les énergies renouvelables mais pour 8.8 milliards les énergies fossiles, parmi lesquelles le charbon, énergie la plus émettrice de CO².
Autre illustration flagrante de cette aviditĂ©, la garde Ă vue prolongĂ©e au Japon de Carlos Ghosn, grand patron de Renault Nissan, qui aurait fraudĂ© le fisc japonais en « omettant » de dĂ©clarer plusieurs dizaines de millions d’euros. Comment peut-on, avec de tels revenus, se livrer Ă une telle malversation? L’aviditĂ© doit ĂŞtre une maladie virale. Rappelons quand mĂŞme qu’à ce jour, il n’est pas encore condamnĂ©, donc « prĂ©sumĂ© innocent ».
D’autres préfèrent l’évasion fiscale, à laquelle se prêtent impunément certains états de la CEE comme le Luxembourg, l’Irlande ou le Royaume Uni. Ces pratiques sont les fondations mêmes de l’injustice sociale.
Evasion et fraude fiscale représenteraient 60 milliards d’euros de perte annuelle pour les finances du pays. Multipliez par 40 ans et ne cherchez plus d’où viennent le déficit et la dette!
Le logement, premier poste des dépenses contraintes
Aujourd’hui, les bailleurs sociaux ne jouent plus leur rôle et ne veulent plus attribuer de logement aux bénéficiaires du RSA, même s’ils sont allocataires de l’ASL (Allocation Sociale de Logement). Selon eux, leurs ratios loyer + charges / revenus ne le permettent plus, principalement en raison de l’augmentation des charges de chauffage collectif. Ils bénéficient cependant toujours des subsides le l’Etat.
RĂ©sultat de cette dĂ©mission, 143.000 Sans Domicile Fixe, dont 2000 dĂ©cèdent chaque annĂ©e des consquences de l’exclusion qu’ils subissent.
Le parc locatif est vieillissant, beaucoup de logements sont des passoires thermiques.
Progressivement le secteur privé s’est emparé du marché locatif, provoquant la spéculation et une inflation continue du marché locatif et des prix de l’immobilier ancien. Avec les abus qu’on lui connaît, comme récemment à Marseille (8 morts) et à Saint Denis en 2016 (5 morts).
Toute augmentation des allocations de logement file directement dans les poches des loueurs qui en profitent pour augmenter les loyers. E. Macron en était conscient, mais pensait naïvement qu’en baissant l’APL il ferait mécaniquement baisser les loyers. Il n’en a rien été, d’octobre 2017 à octobre 2018, l’indice de référence des loyers a augmenté de 1.57%, avec des disparités régionales.

Indice de référence des loyers (IRL) Source: INSEE
Quand Ă l’indice des prix de l’immobilier ancien en province, il a enflĂ© de 4% en deux ans, de 250% en 18 ans. Les primo-accĂ©dants ont beaucoup plus de difficultĂ©s Ă devenir propriĂ©taires de leurs logements et ceux qui y parviennent doivent s’endetter plus longtemps, malgrĂ© des taux d’intĂ©rĂŞt historiquement bas. Mais surtout, avoir un CDI en bĂ©ton armĂ©.
C’est particulièrement le cas pour les 10% de ménages ayant les plus faibles revenus. 45% d’entre-eux étaient propriétaires de leur logement en 1973, ils n’étaient plus que 13% en 2013 (dernière étude disponible), et certainement encore moins en 2018. C’est un indice significatif de l’appauvrissement des français en 2018.
L’énergie, second poste des dépenses contraintes
Dans les années 70, il y a eu l’arnaque du chauffage électrique pour justifier l’idéologie du tout nucléaire. Chacun sait où cela a mené.
Depuis des annĂ©es, les pouvoirs publics ont incitĂ© les français Ă abandonner le chauffage au fuel au profit du gaz naturel, moins Ă©metteur de CO². Aujourd’hui, le gouvernement prĂ©pare une mauvaise farce Ă tous ceux qui ont fait cette transition. La taxe sur le kWh gaz, qui Ă©tait de 1.27 centimes d’euros en 2014, connaĂ®t une inflation galopante chaque annĂ©e, avec un record absolu de 43.7% Ă 8,45 centimes cette annĂ©e et encore 22.5% en 2019; et cela jusqu’en 2022 oĂą elle atteindra 16.02 centimes, soit +172.4% par rapport Ă 2018. Cette taxe « Ă©cologique » est sensĂ©e financer la transition Ă©nergĂ©tique. En fait, la rĂ©partition de ces taxes est plutĂ´t opaque et la transition Ă©nergĂ©tique n’en profite que d’une partie modeste.
Les taxes sur l’énergie sont des impôts injustes par excellence, puisqu’ils touchent plus durement les millions de foyers modestes qui doivent réduire drastiquement la température de leurs logements. Elles sont à l’origine de l’explosion des dépenses contraintes qui met, avec les taxes sur les carburants, la France en colère aujourd’hui. Certes, le chèque énergie compense légèrement ces impôts nouveaux, mais de nombreux français des couches moyennes n’y sont pas éligibles, et certains bénéficiaires, comme les colocataires, ne peuvent pas l’utiliser.
EPR de Flamanville : surcoût de 7.6 milliards, 7 ans de retard
E. Macron a annoncĂ© ses choix stratĂ©giques en matière d’énergie le 27 novembre. Le dĂ©mantèlement des quatre centrales Ă charbon encore en activitĂ©, programmĂ© pour 2022, est sans surprise maintenu. Leur production ne reprĂ©sente que 1.8% de l’ensemble, mais ces usines rejettent de grandes quantitĂ©s de CO². L’impact social local n’est toutefois pas nĂ©gligeable.
Il maintient l’arrĂŞt de deux rĂ©acteurs Ă Fessenheim en 2020, auxquels il prĂ©voit 14 autres d’ici Ă 2035. Certaines mises Ă l’arrĂŞt sont toutefois soumises Ă conditions : “si la sĂ©curitĂ© d’approvisionnement est assurĂ©e” et “si nos voisins europĂ©ens accĂ©lèrent leur transition Ă©nergĂ©tique”, visant ainsi les nombreuses centrales Ă charbon d’Allemagne et de Pologne.
Mais arrêt de réacteur ne signifie pas fermeture de centrale, et Mr Macron n’envisage pas de renoncer à l’atome dans l’immédiat. Il a demandé à EDF de proposer un programme de « nouveau nucléaire « (entendez EPR) avant la prochaine échéance des élections présidentielles.
Problème : l’EPR français fonctionnera-t-il un jour, et à quel coût ?
EDF a annoncé en juillet que la mise en service du réacteur nucléaire EPR de Flamanville sera de nouveau retardée d’un an, et sa facture encore rallongée de 400 millions d’euros, ce qui la portera à 10.9 milliards d’euros. Le consommateur paiera.
Petit rappel historique :
Suite à de nombreux problèmes techniques et de sécurité, la facture initiale de la construction, annoncée en 2007 à 3,3 milliards d’euros s’est envolée par pas successifs à 10.9 milliards cette année, 11 ans après. La mise en service, qui était prévue pour 2012, se fera – peut-être ! – en 2019, soit 7 ans de retard, sauf nouveau report.
Dès 2012, la Cour des Comptes alertait le gouvernement sur l’opportunitĂ© du dĂ©veloppement de cette filière dont, rappelons-le, le problème de traitement des dĂ©chets ne prĂ©sente Ă ce jour aucune solution autre que le stockage souterrain. Les gĂ©nĂ©rations futures paieront.
Le consortium Areva / Siemens a vendu un projet similaire en Finlande en 2004, mis en chantier l’annĂ©e suivante. A ce jour, les problèmes se sont accumulĂ©s et il n’est toujours pas en service. Son dĂ©marrage est annoncĂ© pour septembre 2019, avec dix ans de retard sur l’engagement initial. “En compensation de sa responsabilitĂ© dans les retards subis par TVO (l’opĂ©rateur d’électricitĂ© finlandais) dans la rĂ©alisation du projet”, Areva devra verser 450 millions d’euros Ă son client. Le cochon de contribuable paiera.
A ce jour, l’entreprise française du nuclĂ©aire, dont l’état est actionnaire Ă 98,25% , a vu sa valeur boursière chuter de 77% en 5 ans. C’est une perte importante pour le patrimoine de la nation.
Pour compléter le tableau, Areva, donc la France, est menacé de devoir payer une amende record qui pourrait atteindre 24 milliards aux Etats-Unis pour une affaire de corruption avec le Parti Démocrate en 2010. Les français paieront.
Un certain Edouard Philippe était alors Directeur des Affaires Publiques à Areva.
Suppression partielle de l’ISF, la faute absolue
Le 20 septembre 2017, le gouvernement Macron supprimait l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), créé en 1989, pour sa partie mobilière (Tout ce qui n’est pas immobilier, sauf les œuvres d’art qui en étaient déjà exclues). Depuis sa création, cet impôt aura rapporté plus de 100 milliards d’euros réactualisé 2018. Sans être extraordinaire, cette ressource a néanmoins diminué d’autant la dette.
Cette mesure, qui n’a pas étonné de la part de Mr Macron qualifié dés son élection de « président des riches », n’a provoqué que de modestes réactions, les français attendant de voir si la théorie « du ruissellement » du président ferait effectivement baisser le chômage et la précarité. Chacun voit aujourd’hui que ce n’était qu’une fable.
A suivre:
(en cours d’Ă©tude et de rĂ©daction)
Suppression partielle de l’ISF, la faute absolue
CICE, 40 milliards pour quel résultat ?
8.8 millions de français sous le seuil de pauvreté
10 millions de tonnes d’aliments gaspillĂ©s
La malbouffe, privilège des pauvres
Le chômage, gâchis de ressources humaines
Créer des ateliers nationaux pour inclure et former
La fumeuse théorie du ruissellement
Les premiers de cordée ont remplacé la corde par un élastique
Le chômage, gâchis de ressources humaines
Créer des ateliers nationaux pour inclure et former
La fumeuse théorie du ruissellement
Les premiers de cordée ont remplacé la corde par un élastique
Sources et liens
Les dĂ©putĂ©s LREM sont-ils obligĂ©s d’approuver les textes de la majoritĂ©?
Lire sur Libération / Checknews
La dĂ©putĂ©e FrĂ©dĂ©rique Dumas quitte LREM : «On a le sentiment d’ĂŞtre sur le “Titanic”»
Lire sur Libération
Communiqué de presse OXFAM
Trois ans après la CP21, les banques françaises accros aux énergies fossiles.
Lire sur le Monde du 30/11/2018
Carlos Ghosn en garde Ă vue pour dix jours de plus au Japon
L’impact Ă©conomique dĂ©sastreux du chauffage Ă©lectrique
Lire sur le site La Tribune
Les centrales thermiques Ă flammes en France et dans le monde
Sur le site EDF
Discours d’Emmanuel Macron : 14 rĂ©acteurs nuclĂ©aires seront fermĂ©s d’ici 2035
Lire sur le site Huffington Post
La Cour des comptes décortique les coûts du nucléaire
Lire sur le site de La Banque des Territoires (caisse des Dépôts)
Rapport de la Cour des Comptes “Les coĂ»ts de la filière Ă©lectronuclĂ©aire”, 2012
PDF à télécharger sur le site de la Cour des Comptes (3,2 Mb)
comment le nucléaire nouvelle génération a viré au gouffre financier
Lire sur BFMTV
Finlande: la mise en service de l’EPR repoussĂ©e
Lire sur le site capital.fr
La monstrueuse amende de 24 milliards qui menace la France Ă travers AREVA
Lire sur Capital.fr


